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Mise en demeure pour livraison non conforme (entre professionnels)

Sommez votre fournisseur de livrer une marchandise conforme ou de la remplacer. Mise en demeure B2B fondée sur les articles 1217, 1221 et 1604 du Code civil.

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Livraison non conforme entre professionnels : de quoi parle-t-on ?

Lorsqu'un fournisseur livre une marchandise qui ne correspond pas à la commande — quantité insuffisante, caractéristiques techniques différentes, qualité moindre, produit endommagé ou modèle erroné — il manque à son obligation de délivrance conforme. Dans une relation entre professionnels (B2B), cette inexécution relève du droit commun des contrats et du contrat de vente, et non du droit de la consommation. La mise en demeure est la première étape, amiable mais formelle, pour contraindre le fournisseur à livrer conforme, remplacer ou réparer, avant d'envisager des mesures plus lourdes.

Le cadre légal applicable

Trois fondements du Code civil structurent cette démarche :

  • Article 1604 : il définit la délivrance comme « le transport de la chose vendue en la puissance et possession de l'acheteur ». La jurisprudence en déduit une obligation de délivrance conforme : le vendeur doit remettre un bien correspondant en tous points aux spécifications convenues (nature, quantité, qualité, caractéristiques techniques).
  • Article 1217 : il énumère les sanctions ouvertes au créancier d'une obligation inexécutée — refuser d'exécuter sa propre obligation (exception d'inexécution), poursuivre l'exécution forcée en nature, obtenir une réduction du prix, provoquer la résolution du contrat, ou demander réparation. Ces sanctions peuvent se cumuler lorsqu'elles ne sont pas incompatibles, et des dommages-intérêts peuvent toujours s'y ajouter.
  • Article 1221 : il autorise le créancier à poursuivre l'exécution forcée en nature (donc le remplacement ou la mise en conformité) après mise en demeure, sauf si cette exécution est impossible ou s'il existe une disproportion manifeste entre son coût pour le débiteur de bonne foi et l'intérêt qu'en retire le créancier.

La mise en demeure proprement dite est régie par l'article 1344 du Code civil : elle résulte d'une sommation ou d'un acte portant interpellation suffisante. Elle est donc le préalable indispensable à toute action en exécution forcée ou en résolution.

La procédure étape par étape

1. Constater et documenter la non-conformité

Dès la réception, vérifiez la marchandise et consignez vos réserves sur le bon de livraison. Conservez l'emballage, photographiez les défauts et, si nécessaire, faites établir un constat par un commissaire de justice. La rapidité du constat évite que le fournisseur ne conteste l'origine du défaut.

2. Adresser la mise en demeure

Envoyez le courrier en lettre recommandée avec accusé de réception (ou par voie électronique recommandée, ou par acte de commissaire de justice). Le document doit comporter la mention « mise en demeure », rappeler la commande et la livraison, décrire précisément la non-conformité, viser les articles 1217, 1221 et 1604, exiger une solution claire (remplacement, reprise, réparation) et fixer un délai raisonnable d'exécution.

3. Laisser courir le délai puis agir

Si le fournisseur s'exécute, le litige s'éteint. À défaut, vous pouvez, selon votre intérêt, refuser le paiement de la facture (exception d'inexécution), résoudre le contrat par notification (article 1226), demander une réduction du prix, ou saisir le tribunal de commerce.

Les pièces à réunir

  • Le bon de commande et les conditions générales de vente acceptées ;
  • Le bon de livraison signé, avec les réserves éventuelles ;
  • La facture litigieuse ;
  • Les photographies, échantillons ou constat établissant la non-conformité ;
  • Tout échange écrit (e-mails, devis) précisant les caractéristiques convenues.

Les erreurs à éviter

  • Ne pas émettre de réserves à la réception : une acceptation sans réserve fragilise la preuve du défaut, surtout pour les vices apparents.
  • Oublier la mise en demeure : sans elle, l'action en exécution forcée ou en résolution est prématurée (article 1221).
  • Fixer un délai dérisoire : un délai manifestement trop court peut être jugé abusif et priver la mise en demeure de son effet.
  • Payer la facture sans réserve avant régularisation, ce qui affaiblit l'exception d'inexécution.
  • Confondre non-conformité et vice caché : le défaut de conformité (article 1604) se distingue de la garantie des vices cachés (articles 1641 et suivants), soumise à un délai d'action plus strict.

Les recours en cas d'échec

Si la mise en demeure reste sans effet, plusieurs voies s'ouvrent. La résolution unilatérale par notification (article 1226) permet de mettre fin au contrat aux risques du créancier, sous contrôle ultérieur du juge. La réduction du prix (article 1223) est adaptée lorsque vous conservez une marchandise partiellement utilisable. Enfin, la saisine du tribunal de commerce permet d'obtenir l'exécution forcée, la résolution judiciaire et des dommages-intérêts ; une requête en injonction de payer ou une procédure de référé peuvent compléter le dispositif. Avant tout contentieux, vérifiez les clauses attributives de compétence et de médiation figurant dans vos conditions générales : une tentative de résolution amiable préalable est souvent imposée par le contrat ou exigée par le juge.

[Dénomination de votre société]
[Forme juridique, capital et RCS]
[Adresse du siège social (expéditeur)]

[Dénomination du fournisseur]
[Adresse du fournisseur (destinataire)]

[Lieu et date de la lettre]

Objet : Mise en demeure de livrer une marchandise conforme — [Référence du bon de commande]
Lettre recommandée avec accusé de réception

Madame, Monsieur,

Par bon de commande [Référence du bon de commande] en date du [Date de la commande], notre société vous a commandé les biens suivants : [Désignation des biens commandés]. Ces marchandises nous ont été livrées le [Date de la livraison litigieuse] (facture/bon de livraison [Numéro de facture ou de bon de livraison]).

Or, après vérification, force est de constater que la livraison n'est pas conforme aux spécifications convenues entre nos sociétés. La non-conformité relevée est la suivante : [Description précise de la non-conformité].

En application de l'article 1604 du Code civil, vous êtes tenu d'une obligation de délivrance conforme : les biens livrés doivent correspondre, en quantité comme en qualité, à ceux décrits dans notre commande. La livraison effectuée ne satisfait pas à cette obligation et constitue une inexécution de vos engagements contractuels.

En conséquence, et conformément aux articles 1217 et 1221 du Code civil, je vous mets en demeure de procéder, à vos frais exclusifs, à [Solution exigée (remplacement, reprise, réparation…)], dans un délai de [Délai accordé pour s'exécuter (en jours)] jours à compter de la réception de la présente.

À défaut d'exécution conforme dans ce délai, je me réserve le droit de poursuivre la résolution du contrat à vos torts, de refuser le paiement de la facture correspondante et de réclamer la réparation de l'intégralité du préjudice subi (frais de stockage, retard de production, perte d'exploitation), sans préjudice de toute action judiciaire.

Dans l'attente de votre régularisation, je vous prie d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.

[Nom et qualité du signataire]

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Questions fréquentes

Les réponses aux questions que vous vous posez à propos de cette lettre.

Une mise en demeure est-elle obligatoire avant d'exiger le remplacement ?
Oui. L'article 1221 du Code civil subordonne expressément l'exécution forcée en nature (livraison conforme, remplacement, réparation) à une mise en demeure préalable restée infructueuse. Cette formalité fixe aussi le point de départ d'un éventuel délai pour résoudre le contrat. À défaut de mise en demeure, votre demande d'exécution forcée ou de résolution est prématurée et risque d'être écartée par le juge.
Sous quelle forme envoyer cette mise en demeure entre professionnels ?
La lettre recommandée avec accusé de réception est la forme la plus sûre car elle date l'envoi et prouve la réception. L'envoi par voie électronique recommandée (eIDAS) ou par acte de commissaire de justice est également valable. Le courrier doit contenir le mot 'mise en demeure', rappeler les faits, viser les textes et fixer un délai d'exécution précis (article 1344 du Code civil).
Quel délai raisonnable accorder au fournisseur ?
Aucun délai n'est fixé par la loi : il doit être 'raisonnable' au regard de la nature des biens, des usages de la profession et de l'urgence. En pratique, un délai de 8 à 15 jours est courant pour des marchandises standard. Un délai manifestement trop court pourrait être jugé abusif ; un délai trop long retarde inutilement vos recours. Adaptez-le à votre situation et aux clauses du contrat.
Le fournisseur peut-il refuser le remplacement en invoquant un coût trop élevé ?
L'article 1221 du Code civil écarte l'exécution forcée en nature lorsqu'elle est impossible ou qu'il existe une disproportion manifeste entre son coût pour le débiteur de bonne foi et l'intérêt qu'en retire le créancier. Hors ces cas exceptionnels, le fournisseur ne peut s'y soustraire. S'il refuse à tort, vous pouvez demander la résolution du contrat, une réduction du prix ou des dommages-intérêts (article 1217).