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Rupture d'une relation commerciale établie

Modèle de lettre pour rompre une relation commerciale établie en respectant un préavis suffisant (article L442-1 II du Code de commerce) et éviter la rupture brutale.

Rédigé et vérifié par la rédaction d'Exemple de lettre, d'après les textes officiels (Légifrance, Service-Public).Notre méthode & nos sources →

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Rompre une relation commerciale établie : éviter la rupture brutale

Dans les relations entre professionnels, il est fréquent que deux entreprises collaborent durablement sans avoir signé de contrat-cadre précisant les conditions de sortie : fournisseur attitré, distributeur régulier, sous-traitant habituel, prestataire reconduit d'année en année. Lorsque l'une des parties souhaite cesser cette collaboration, elle ne peut pas le faire du jour au lendemain. L'article L442-1, II du Code de commerce sanctionne en effet le fait de rompre brutalement, même partiellement, une relation commerciale établie sans préavis écrit tenant compte notamment de la durée de la relation. Une notification claire et un préavis proportionné sont donc indispensables pour sécuriser la rupture.

Ce qu'est une relation commerciale établie

La notion ne se confond pas avec celle de contrat. Une relation commerciale établie se caractérise par trois éléments cumulatifs appréciés par les juges :

  • la durée : des échanges qui s'inscrivent dans le temps, parfois sur plusieurs années ;
  • la régularité : des commandes ou prestations récurrentes, et non occasionnelles ;
  • la stabilité : un courant d'affaires suffisamment significatif pour laisser raisonnablement présager sa continuité.

Peu importe qu'il existe ou non un écrit : une succession de commandes renouvelées pendant des années peut constituer une relation établie. À l'inverse, des opérations purement ponctuelles, sans perspective de poursuite, n'entrent pas dans le champ du texte.

Le préavis : la clé de la rupture régulière

La loi n'interdit pas de rompre : elle interdit de rompre brutalement. Ce qui est sanctionné, ce n'est pas la décision de cesser la relation, qui demeure libre, mais l'absence ou l'insuffisance de préavis. Le préavis doit être écrit et d'une durée suffisante, appréciée principalement au regard de l'ancienneté de la relation.

Comment estimer la durée

La pratique jurisprudentielle retient fréquemment un repère indicatif d'environ un mois de préavis par année d'ancienneté. Ce repère n'est qu'un point de départ : les juges tiennent compte de l'ensemble des circonstances au jour de la notification, en particulier :

  • le volume d'affaires réalisé et son évolution ;
  • l'éventuel état de dépendance économique du partenaire (part du chiffre d'affaires que représente la relation) ;
  • les investissements spécifiques engagés et non amortis (outillage, stocks dédiés, recrutements) ;
  • les usages du secteur et le temps nécessaire pour retrouver un partenaire équivalent.

Le plafond de dix-huit mois

Depuis l'ordonnance du 24 avril 2019, l'article L442-1, II prévoit que la responsabilité de l'auteur de la rupture ne peut être engagée pour insuffisance de préavis dès lors qu'il a respecté un préavis de dix-huit mois. Ce délai constitue donc un plafond protecteur : il n'a pas vocation à s'appliquer systématiquement, mais sécurise les relations les plus anciennes.

La procédure à suivre

  • Notifier par écrit, de préférence par lettre recommandée avec accusé de réception, afin de dater précisément le point de départ du préavis et de constituer une preuve.
  • Indiquer clairement la durée du préavis et la date de fin effective de la relation.
  • Maintenir les conditions habituelles pendant toute la durée du préavis : volumes, tarifs, délais de paiement. Une baisse brutale des commandes pendant le préavis peut être assimilée à une rupture partielle brutale.
  • Conserver une copie de la lettre et de l'avis de réception.

Les pièces utiles

  • l'historique des commandes, factures et chiffres d'affaires sur plusieurs exercices, qui démontre l'ancienneté et le volume ;
  • les éventuels contrats, bons de commande ou conditions générales applicables ;
  • tout échange (courriels, comptes rendus) attestant de la régularité de la relation.

Les erreurs à éviter

  • Rompre sans préavis écrit, par simple arrêt des commandes : c'est la situation la plus risquée.
  • Accorder un préavis trop court au regard de l'ancienneté, en se fondant sur la seule durée d'un éventuel contrat.
  • Vider le préavis de sa substance en réduisant fortement les volumes ou en dégradant les conditions tarifaires avant l'échéance.
  • Confondre rupture brutale et faute : le motif n'a pas à être justifié, sauf en cas de faute grave du partenaire ou de force majeure, seules circonstances permettant de se dispenser de tout préavis.

Les recours en cas de litige

Si le partenaire estime la rupture brutale, il peut engager la responsabilité de l'auteur de la rupture et demander réparation. L'indemnisation est généralement évaluée par référence à la marge brute que la victime aurait réalisée pendant la durée de préavis qui aurait dû être respectée, à laquelle peuvent s'ajouter d'autres préjudices (investissements perdus, frais de réorganisation). Le contentieux relève de tribunaux de commerce spécialisés, l'appel étant centralisé devant la cour d'appel de Paris (article L442-4 du Code de commerce). Avant tout procès, une phase amiable (négociation, médiation) est souvent préférable pour préserver les intérêts des deux entreprises.

[Dénomination de votre société]
[Forme juridique, capital et RCS]
[Adresse du siège social]
Représentée par [Nom et qualité du signataire]

[Dénomination de la société partenaire]
[Adresse du partenaire]

[Lieu et date d'envoi]

Objet : Notification de la fin de notre relation commerciale avec préavis
Lettre recommandée avec accusé de réception

Madame, Monsieur,

Nos deux sociétés entretiennent depuis le [Date de début de la relation], soit depuis [Ancienneté de la relation], une relation commerciale suivie portant sur : [Nature de la relation commerciale]. Nous tenons à vous remercier pour la qualité de notre collaboration tout au long de cette période.

Par la présente, nous vous informons de notre décision de mettre un terme à cette relation commerciale. [Motif de la rupture (facultatif)]

Conscients de l'ancienneté de nos échanges et soucieux de respecter les dispositions de l'article L442-1, II du Code de commerce, nous vous accordons un préavis de [Durée du préavis accordé]. Cette durée tient compte de l'ancienneté de notre relation, du volume d'affaires réalisé et du délai nécessaire à votre entreprise pour se réorganiser et trouver de nouveaux débouchés.

Pendant toute la durée de ce préavis, nos relations se poursuivront aux conditions habituelles, sans modification de nos volumes, de nos tarifs ni de nos modalités de règlement. La relation prendra définitivement fin le [Date de fin effective de la relation].

Nous restons à votre disposition pour organiser, dans les meilleures conditions, la période de transition jusqu'à cette échéance et pour examiner ensemble les modalités pratiques de la cessation de nos échanges.

Nous vous prions d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de nos salutations distinguées.

[Nom et qualité du signataire]
[Dénomination de votre société]

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Questions fréquentes

Les réponses aux questions que vous vous posez à propos de cette lettre.

Qu'est-ce qu'une relation commerciale établie ?
C'est une relation d'affaires suivie, stable et régulière entre deux professionnels, qui laisse raisonnablement présager sa continuité. Elle s'apprécie selon la durée, la régularité et le volume des échanges, indépendamment de l'existence d'un contrat écrit ou de commandes ponctuelles renouvelées.
Quelle durée de préavis faut-il accorder ?
Le préavis doit être suffisant au regard de la durée de la relation. La jurisprudence retient souvent un repère d'environ un mois de préavis par année d'ancienneté, ajusté selon le volume d'affaires, la dépendance économique et le secteur. Depuis l'ordonnance du 24 avril 2019, un préavis de dix-huit mois est en tout état de cause considéré comme suffisant (plafond).
Faut-il indiquer un motif de rupture ?
Non, la loi n'impose pas de motiver la rupture, qui peut être décidée librement. Ce qui est sanctionné, ce n'est pas la rupture elle-même mais son caractère brutal, c'est-à-dire l'absence de préavis écrit ou un préavis insuffisant. Un préavis adapté suffit donc à écarter la responsabilité.
Que risque-t-on en cas de préavis insuffisant ?
L'auteur de la rupture engage sa responsabilité et doit réparer le préjudice subi. L'indemnisation correspond généralement à la marge brute que le partenaire aurait dégagée pendant la durée de préavis qui aurait dû être respectée. Le litige relève des tribunaux de commerce spécialisés (article L442-4 du Code de commerce).