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Retraite progressive : conditions, démarches et calcul de la pension

Par Gaëtan Rebut · Fondateur et éditeur

La retraite progressive permet de lever le pied avant la retraite définitive : vous réduisez votre temps de travail et percevez, en plus de votre salaire, une fraction de votre pension. Le dispositif a été élargi par la réforme de 2023, qui l'a ouvert aux fonctionnaires et aux travailleurs indépendants, puis rendu accessible dès 60 ans à compter du 1er septembre 2025.

Ce guide détaille les conditions, la façon dont l'employeur doit répondre à votre demande, le calcul de la fraction de pension et les démarches auprès des caisses de retraite.

Les conditions pour en bénéficier

Trois conditions cumulatives s'appliquent aux salariés :

  • Avoir au moins 60 ans, pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2025 (décret n° 2025-681 du 15 juillet 2025). Auparavant, l'âge d'accès suivait le relèvement progressif de l'âge légal de départ.
  • Justifier d'au moins 150 trimestres d'assurance retraite, tous régimes de base confondus.
  • Exercer une activité à temps partiel représentant entre 40 % et 80 % de la durée de travail à temps complet.

Le dispositif est régi par les articles L. 161-22-1-5 et suivants du Code de la sécurité sociale, qui ont remplacé l'ancien article L. 351-15. Les salariés en forfait jours y ont accès en réduisant leur nombre de jours travaillés, et les fonctionnaires comme les indépendants en bénéficient selon des modalités propres à leur statut.

Demander le temps partiel à l'employeur

Pour un salarié, tout commence par le passage à temps partiel. La demande s'adresse à l'employeur par lettre recommandée avec avis de réception ou remise en main propre contre décharge, en précisant la durée de travail souhaitée et la date d'effet. Il est conseillé de l'envoyer au moins deux mois avant la date visée.

Depuis la réforme de 2023, l'article L. 3123-4-1 du Code du travail encadre strictement la réponse de l'employeur :

  • il dispose de deux mois à compter de la réception de la demande pour répondre par écrit ;
  • à défaut de réponse écrite et motivée dans ce délai, son accord est réputé acquis ;
  • un refus ne peut être justifié que par l'incompatibilité de la durée de travail demandée avec l'activité économique de l'entreprise.

L'avis de réception de votre courrier est donc précieux : c'est lui qui fixe le point de départ des deux mois. Une fois l'accord obtenu, un avenant au contrat de travail formalise la nouvelle durée et la répartition des horaires.

Le calcul de la fraction de pension

La caisse calcule la pension à laquelle vous auriez droit à la date de la demande, puis vous en verse une fraction égale à la différence entre 100 % et votre quotité de travail :

  • à 80 % de temps de travail, vous percevez 20 % de votre pension ;
  • à 60 %, vous en percevez 40 % ;
  • à 40 %, vous en percevez 60 %.

Ce montant est provisoire. Vous continuez à cotiser sur votre salaire à temps partiel, ce qui permet d'acquérir de nouveaux droits, et la pension est intégralement recalculée lors du départ définitif. Avec l'accord de l'employeur, il est possible de cotiser sur la base d'un salaire à temps plein pour limiter l'effet du temps partiel sur la future pension.

Les régimes complémentaires, l'Agirc-Arrco pour les salariés du privé, versent eux aussi une fraction de pension selon la même logique.

Les démarches auprès des caisses de retraite

Une fois l'accord de l'employeur obtenu, la demande de retraite progressive s'adresse à la caisse de retraite de base — l'Assurance retraite pour les salariés du régime général — ainsi qu'à la caisse complémentaire. Votre espace personnel sur info-retraite.fr permet de vérifier votre relevé de carrière et d'engager les démarches en ligne.

Prévoyez de la marge : il est prudent de déposer le dossier plusieurs mois avant la date souhaitée. Les pièces habituellement demandées sont l'avenant à temps partiel, une attestation de l'employeur précisant la durée du travail, des bulletins de salaire et un relevé d'identité bancaire. La pension progressive prend effet au plus tôt le premier jour du mois qui suit la réception de la demande complète.

Pendant la retraite progressive, puis le départ définitif

Pendant la retraite progressive, vous restez salarié, avec les mêmes droits que les autres salariés à temps partiel. Le dispositif prend fin lorsque vous demandez la liquidation définitive de votre retraite, lorsque vous reprenez une activité à temps complet, ou lorsque vous ne remplissez plus les conditions, par exemple si votre durée de travail sort de la fourchette de 40 % à 80 %.

À ne pas confondre avec le cumul emploi-retraite : la retraite progressive précède la liquidation de la pension, alors que le cumul emploi-retraite permet de reprendre une activité une fois la retraite liquidée.

En cas de refus ou de silence de l'employeur

  • Silence de deux mois : l'accord est réputé acquis. Informez l'employeur par écrit que vous en prenez acte et demandez l'avenant.
  • Refus non motivé, ou motivé par une autre raison que l'incompatibilité avec l'activité économique : rappelez par écrit les termes de l'article L. 3123-4-1 du Code du travail et demandez un réexamen.
  • Désaccord persistant : le conseil de prud'hommes peut être saisi pour contrôler la réalité du motif invoqué. Les représentants du personnel et l'inspection du travail peuvent aussi vous renseigner.

Un point de prudence : n'envisagez pas un départ complet à la retraite comme solution de repli sans avoir vérifié que vous avez atteint l'âge légal de départ. Réunir 150 trimestres ne suffit pas à liquider sa pension.

Questions fréquentes

À partir de quel âge peut-on demander la retraite progressive ?

À partir de 60 ans pour les pensions prenant effet depuis le 1er septembre 2025, à condition de justifier d'au moins 150 trimestres d'assurance retraite et de travailler entre 40 % et 80 % d'un temps complet.

L'employeur peut-il refuser ?

Oui, mais seulement si la durée de travail demandée est incompatible avec l'activité économique de l'entreprise, et par une réponse écrite et motivée dans les deux mois suivant la réception de la demande. Sans réponse dans ce délai, son accord est réputé acquis (article L. 3123-4-1 du Code du travail).

Combien vais-je toucher ?

Une fraction de votre pension égale à 100 % moins votre quotité de travail : 40 % de la pension si vous travaillez à 60 %, par exemple. Ce montant s'ajoute à votre salaire à temps partiel et sera recalculé lors du départ définitif.

La retraite progressive diminue-t-elle ma future pension ?

Elle n'est pas pénalisante en soi : vous continuez à acquérir des droits sur votre salaire à temps partiel, et votre pension définitive est recalculée en tenant compte de la période. Pour limiter l'effet du salaire réduit, il est possible, avec l'accord de l'employeur, de cotiser sur la base d'un temps plein.

Les fonctionnaires y ont-ils droit ?

Oui, depuis la réforme de 2023, selon des modalités propres à la fonction publique. Renseignez-vous auprès de votre service des ressources humaines et de votre caisse de retraite.

⚖️ Informatif uniquement — ce guide est fourni à titre indicatif et reflète la législation française à jour au 23 octobre 2026. Les cas particuliers, conventions collectives, jurisprudences postérieures et contrats spécifiques peuvent modifier l'application des règles présentées. Pour une situation complexe ou un litige, consultez un professionnel (avocat, notaire, conseiller juridique…).