S'opposer à la prospection commerciale : le cadre juridique
Recevoir des appels, SMS, e-mails ou courriers commerciaux non sollicités est une nuisance courante. Le droit européen vous offre un moyen simple et gratuit d'y mettre fin : le droit d'opposition prévu par l'article 21 du Règlement général sur la protection des données (RGPD), complété en droit français par l'article 17 de la loi Informatique et Libertés du 6 janvier 1978 modifiée.
La particularité de la prospection commerciale tient à son régime renforcé. Alors que l'opposition fondée sur des motifs légitimes (article 21, paragraphe 1) peut être discutée par l'entreprise, l'opposition au marketing direct visée au paragraphe 2 est inconditionnelle : vous l'exercez à tout moment, sans justification, et le responsable de traitement doit obligatoirement cesser d'utiliser vos données à cette fin, profilage compris.
Quand et comment exercer ce droit
Le droit d'opposition peut être exercé à n'importe quel moment, y compris si vous avez initialement consenti à recevoir des offres. Aucune forme n'est imposée, mais une démarche écrite et traçable est vivement conseillée.
La procédure recommandée
- Identifiez le bon destinataire : adressez votre demande au responsable de traitement, idéalement à son délégué à la protection des données (DPO) lorsque ses coordonnées figurent dans la politique de confidentialité ou les mentions légales.
- Privilégiez le recommandé avec accusé de réception : il fait courir le délai légal de réponse et constitue une preuve en cas de litige. Un e-mail à l'adresse dédiée (souvent dpo@ ou rgpd@) est également valable.
- Soyez précis sur les canaux : indiquez les modes de sollicitation concernés (téléphone, SMS, e-mail, courrier) et demandez le retrait de vos données de tous les fichiers de prospection, y compris ceux transmis à des partenaires.
Les pièces utiles
- Une copie d'un justificatif d'identité n'est en principe pas exigée pour une simple opposition à la prospection ; ne la fournissez que si l'entreprise a un doute raisonnable sur votre identité.
- Conservez l'avis de réception, la copie de votre lettre et tout échange ultérieur.
- Joignez le cas échéant votre référence client ou un exemple de message reçu pour faciliter l'identification de votre dossier.
Les délais à connaître
L'entreprise dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception de votre demande pour y répondre et vous confirmer l'arrêt du démarchage (article 12, paragraphe 3, du RGPD). Ce délai peut être prolongé de deux mois supplémentaires en cas de demande particulièrement complexe, à condition que l'entreprise vous en informe et motive ce report dans le premier mois.
Le cas particulier du démarchage téléphonique
Votre lettre n'engage que l'entreprise à laquelle vous l'adressez. Pour le téléphone, la protection est désormais générale : depuis le 11 août 2026, la liste d'opposition Bloctel est supprimée et l'article L223-1 du Code de la consommation, réécrit par la loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 contre toutes les fraudes aux aides publiques, interdit de démarcher par téléphone un consommateur qui n'y a pas consenti au préalable, sauf contrat en cours. Cet accord vaut un an au plus et peut être retiré à tout moment, même oralement (décret n° 2026-662 du 23 juillet 2026).
Votre opposition au titre de l'article 21 du RGPD vaut donc aussi retrait de tout accord que vous auriez donné à l'entreprise pour être appelé. Si elle continue à vous démarcher par téléphone, vous pouvez la signaler à la DGCCRF via SignalConso, en plus d'une réclamation auprès de la CNIL.
Les erreurs à éviter
- Cliquer uniquement sur le lien « se désabonner » : utile pour les e-mails, il ne couvre ni les autres canaux ni les fichiers internes ; une opposition écrite est plus solide.
- Justifier sa demande : inutile pour la prospection commerciale, cela peut même prêter à confusion avec l'opposition pour motifs légitimes.
- Oublier la preuve d'envoi : sans accusé de réception, le point de départ du délai d'un mois est difficile à établir.
- Croire qu'une inscription sur une liste est nécessaire : depuis le 11 août 2026, il n'existe plus de liste d'opposition au démarchage téléphonique ; c'est à l'entreprise de prouver que vous avez accepté d'être appelé, et votre opposition écrite couvre tous ses canaux de prospection.
Les recours en cas de non-respect
Si l'entreprise ne répond pas ou continue à vous solliciter au-delà du délai d'un mois, vous pouvez saisir la CNIL d'une réclamation, en ligne ou par courrier, en joignant la copie de votre demande et l'accusé de réception. L'autorité peut mettre l'entreprise en demeure et, en cas de manquement persistant, prononcer des sanctions financières pouvant atteindre 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires annuel mondial. Pour un démarchage téléphonique sans votre accord, un signalement à la DGCCRF via SignalConso est également possible.