Pourquoi et quand demander un entretien professionnel
L'entretien professionnel est un rendez-vous obligatoire prévu par l'article L. 6315-1 du Code du travail, instauré par la loi du 5 mars 2014. Il ne faut surtout pas le confondre avec l'entretien annuel d'évaluation : l'entretien professionnel ne porte jamais sur l'appréciation de votre travail, mais exclusivement sur vos perspectives d'évolution, vos qualifications, vos besoins de formation et votre projet professionnel. C'est le moment prévu par la loi pour évoquer une validation des acquis de l'expérience (VAE), une reconversion, l'usage de votre compte personnel de formation (CPF) ou une demande de mobilité interne.
L'employeur doit l'organiser de sa propre initiative au moins tous les deux ans. Il doit aussi vous le proposer systématiquement lorsque vous reprenez le travail après certaines absences : congé de maternité, congé parental d'éducation, congé d'adoption, congé de proche aidant, congé sabbatique, arrêt de longue maladie, période de mobilité volontaire sécurisée ou fin d'un mandat syndical. En pratique, cette obligation est souvent oubliée, notamment dans les petites structures. Écrire pour la réclamer est donc parfaitement légitime : vous ne demandez pas une faveur, vous rappelez à votre employeur une obligation légale.
Ce que votre demande doit absolument contenir
Une demande claire et datée facilite l'organisation de l'entretien et vous constitue une preuve. Privilégiez la lettre recommandée avec accusé de réception, ou un e-mail permettant d'établir une date certaine, surtout si l'entretien biennal a déjà été omis. Le Code n'impose pas de délai de réponse précis à l'employeur, mais indiquez vos disponibilités et laissez un délai raisonnable (deux à quatre semaines) pour convenir d'une date.
Veillez à faire figurer dans votre courrier :
- la référence à l'article L. 6315-1 du Code du travail et, le cas échéant, le congé dont vous revenez ;
- la date de votre dernier entretien professionnel, ou la mention qu'aucun n'a jamais eu lieu ;
- les thèmes que vous souhaitez aborder (formation, CPF, VAE, évolution de poste, montée en compétences) ;
- vos disponibilités et une demande de confirmation écrite de la date retenue.
Erreur fréquente : confondre cet entretien avec une négociation salariale ou un entretien de recadrage. Restez sur le terrain de l'évolution et de la formation, même si une progression de rémunération peut y être évoquée. Autre écueil, réclamer un entretien « tous les ans » : la cadence légale est de deux ans, même si un accord d'entreprise ou votre convention collective peut prévoir une fréquence plus rapprochée.
Ce qui se passe ensuite et vos recours
L'entretien doit donner lieu à un document écrit dont une copie vous est remise : conservez-le précieusement, car il matérialise vos demandes et les engagements pris. Tous les six ans, l'employeur doit dresser un état des lieux récapitulatif de votre parcours. Il y vérifie trois points concrets : avez-vous suivi au moins une action de formation ; acquis des éléments de certification (par une formation ou une VAE) ; bénéficié d'une progression salariale ou professionnelle ?
Si l'employeur reste silencieux, relancez par écrit. Dans les entreprises d'au moins cinquante salariés, le manquement n'est pas neutre : lorsque, sur six ans, vous n'avez bénéficié ni des entretiens ni d'au moins une formation non obligatoire, l'employeur doit créditer votre CPF d'un abondement correctif de 3 000 euros (loi Avenir professionnel de 2018). En cas de refus persistant, vous pouvez saisir le comité social et économique (CSE) ou l'inspection du travail, voire le conseil de prud'hommes pour faire constater le manquement et obtenir, si vous démontrez un préjudice, des dommages et intérêts.