Dépôt de garantie : récupérer sa caution en fin de location
Par Gaëtan Rebut · Fondateur et éditeur
Le dépôt de garantie : définition et montant
Le dépôt de garantie, souvent appelé « caution » dans le langage courant, est une somme versée par le locataire à la signature du bail. Il permet au bailleur de se prémunir contre d'éventuels manquements : loyers impayés, charges dues ou dégradations constatées en fin de location.
Son montant est encadré par la loi du 6 juillet 1989. Il ne peut dépasser :
- un mois de loyer hors charges pour un logement loué vide (article 22) ;
- deux mois de loyer hors charges pour une location meublée à usage de résidence principale (article 25-6, propre aux meublés).
Le montant est fixé au bail et ne peut être révisé en cours de contrat. À noter : lorsque le loyer est payable d'avance pour une période supérieure à deux mois (un paiement trimestriel, par exemple), aucun dépôt de garantie ne peut être exigé. Ce dépôt ne doit pas être confondu avec la caution solidaire, qui désigne la personne se portant garante du locataire. Récupérer cette somme en fin de bail est un droit, encadré par des délais et des règles précises.
Délais de restitution : un ou deux mois
La restitution du dépôt de garantie obéit à un délai maximal calculé à partir de la remise des clés par le locataire, en main propre ou par lettre recommandée avec avis de réception. L'article 22 de la loi de 1989 distingue deux situations :
- un mois lorsque l'état des lieux de sortie est conforme à l'état des lieux d'entrée, c'est-à-dire sans dégradation imputable au locataire ;
- deux mois lorsque l'état des lieux de sortie révèle des différences justifiant une retenue.
Le point de départ est la date effective de restitution des clés, et non la date de fin du bail. Il est donc essentiel de conserver une preuve de cette remise. Le bailleur doit rembourser le solde, déduction faite des sommes qu'il est en droit de retenir, et adresser le chèque ou le virement au locataire. De son côté, le locataire a tout intérêt à transmettre par écrit sa nouvelle adresse : sans elle, certaines pénalités de retard ne peuvent pas s'appliquer.
Les sommes que le bailleur peut retenir
Le bailleur ne peut pas conserver tout ou partie du dépôt de garantie de manière arbitraire. Toute retenue doit être justifiée et chiffrée. L'article 22 impose au propriétaire de produire des pièces à l'appui de chaque somme conservée :
- devis ou factures pour les réparations liées à des dégradations locatives ;
- décompte des loyers ou charges impayés restant dus ;
- constat de l'état des lieux de sortie faisant apparaître les dégâts.
Une simple estimation « à la louche » ou une retenue forfaitaire sans justificatif est irrégulière et peut être contestée. En pratique, le bailleur peut retenir dans un premier temps une somme correspondant à un devis, puis régulariser sur présentation de la facture définitive. Les montants conservés doivent correspondre à des dommages réellement imputables au locataire, et non à l'usure liée à un usage normal du logement. Conservez toujours une copie des états des lieux et des échanges : ces documents sont la clé pour discuter une retenue abusive.
Vétusté, usure normale ou dégradation locative ?
C'est le point le plus souvent litigieux. Le locataire répond des dégradations locatives survenues pendant la location, mais pas de l'usure normale ni de la vétusté du logement.
- Usure normale : détérioration résultant d'un usage conforme (peinture ternie, moquette légèrement usée, petits trous de fixation). Elle reste à la charge du bailleur.
- Vétusté : usure du temps et vieillissement des équipements, indépendamment de tout mauvais usage.
- Dégradation imputable : trou important, brûlure, carrelage cassé, dégât résultant d'un défaut d'entretien. Elle peut être facturée au locataire.
Pour objectiver cette distinction, le bail peut annexer une grille de vétusté : elle applique un coefficient d'abattement selon la durée de vie de chaque élément (peintures, revêtements de sol, équipements). Ainsi, une peinture ayant dépassé sa durée de vie théorique ne peut être facturée intégralement au locataire, même abîmée. À défaut de grille, l'appréciation se fait au cas par cas, en tenant compte de l'ancienneté des équipements et de la durée d'occupation.
L'état des lieux, pièce maîtresse du dossier
L'état des lieux est la pièce maîtresse de tout litige sur le dépôt de garantie. Établi de façon contradictoire (en présence des deux parties ou de leurs représentants) à l'entrée puis à la sortie, il fixe la comparaison qui déterminera les retenues éventuelles.
Prévu par l'article 3-2 de la loi de 1989, il doit être précis : pièce par pièce, il décrit l'état des murs, des sols, des équipements et relève les compteurs. Un état des lieux d'entrée bâclé ou inexistant se retourne généralement contre le bailleur : sans point de comparaison, il ne peut pas invoquer la présomption de bon état de l'article 1731 du Code civil s'il a fait obstacle à son établissement.
- Décrivez chaque défaut avec précision et, idéalement, des photographies datées annexées.
- Refusez les mentions vagues comme « bon état » qui ne veulent rien dire pièce par pièce.
- Conservez votre exemplaire signé pendant toute la durée du bail.
Si aucun état des lieux de sortie contradictoire n'a pu être établi et que le logement n'a pas été rendu dégradé, le locataire est réputé l'avoir rendu en bon état, ce qui limite fortement les retenues possibles.
La retenue de 20 % pour les charges de copropriété
Lorsque le logement se situe dans un immeuble collectif — le plus souvent une copropriété —, la régularisation annuelle des charges ne coïncide pas toujours avec la fin du bail. La loi autorise donc le bailleur à conserver temporairement une partie du dépôt de garantie.
L'article 22 permet de retenir une provision plafonnée à 20 % du dépôt de garantie jusqu'à l'arrêté annuel des comptes de l'immeuble. Cette retenue, qui doit être dûment justifiée, couvre l'écart éventuel entre les provisions de charges déjà versées par le locataire et sa quote-part réelle.
- Le solde de cette provision doit être régularisé dans le mois qui suit l'approbation des comptes de l'immeuble.
- La retenue de 20 % est une faculté, pas une obligation : le bailleur peut restituer l'intégralité s'il n'attend aucun rattrapage de charges, et les parties peuvent convenir amiablement de solder immédiatement l'ensemble des comptes.
Cette règle suppose un immeuble collectif avec des charges à régulariser ; pour une maison individuelle, elle n'a pas lieu de s'appliquer. Le locataire peut demander le décompte détaillé des charges afin de vérifier que la retenue est justifiée et proportionnée.
La majoration de 10 % en cas de retard
Pour dissuader les bailleurs de tarder, la loi prévoit une majoration automatique en cas de restitution hors délai. C'est une arme efficace pour le locataire.
Selon l'article 22, à défaut de restitution dans le délai d'un ou deux mois, le solde du dépôt de garantie dû au locataire est majoré de 10 % du loyer mensuel en principal (hors charges) pour chaque mois de retard commencé. Chaque mois entamé compte pour un mois entier.
Par exemple, pour un loyer de 700 € hors charges et deux mois de retard, la pénalité s'élève à 140 € (2 × 70 €), qui s'ajoutent au dépôt à restituer.
- La majoration court automatiquement, sans qu'il soit nécessaire de la réclamer au préalable.
- Elle n'est pas due si le retard résulte du fait que le locataire n'a pas communiqué sa nouvelle adresse au bailleur.
Pensez donc à notifier votre adresse de réexpédition par écrit lors de la remise des clés : c'est la condition pour pouvoir invoquer cette pénalité en cas de silence du propriétaire.
Vos recours pour récupérer votre caution
Si le bailleur ne restitue pas le dépôt ou opère une retenue injustifiée, plusieurs recours existent, du plus simple au plus contraignant.
- La lettre de mise en demeure : envoyée en recommandé avec accusé de réception, elle rappelle le montant dû, les délais légaux et la majoration de 10 %. Elle constitue souvent un préalable indispensable et suffit fréquemment à débloquer la situation.
- La commission départementale de conciliation (CDC) : prévue par l'article 20 de la loi de 1989, cette saisine est gratuite et amiable. La commission réunit les parties et rend son avis dans un délai d'environ deux mois.
- Le juge des contentieux de la protection : compétent pour les litiges locatifs, il peut être saisi si la conciliation échoue. La procédure est simplifiée pour ce type de litige.
L'action en restitution du dépôt de garantie se prescrit par trois ans. Constituez un dossier complet : bail, états des lieux d'entrée et de sortie, preuve de remise des clés, courriers échangés et justificatifs éventuels. Un dossier solide accélère la résolution, à l'amiable comme devant le juge.
Questions fréquentes
Le bailleur peut-il conserver la caution sans fournir de justificatif ?
Que se passe-t-il s'il n'y a pas d'état des lieux de sortie ?
Peut-on utiliser le dépôt de garantie pour payer le dernier mois de loyer ?
Le dépôt de garantie produit-il des intérêts ?
Dans quel délai puis-je agir pour récupérer ma caution ?
⚖️ Informatif uniquement — ce guide est fourni à titre indicatif et reflète la législation française à jour au 21 août 2026. Les cas particuliers, conventions collectives, jurisprudences postérieures et contrats spécifiques peuvent modifier l'application des règles présentées. Pour une situation complexe ou un litige, consultez un professionnel (avocat, notaire, conseiller juridique…).