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Succession internationale : règles européennes et choix de loi

Successions transfrontalières en 2026 : règlement européen 650/2012, certificat successoral européen, choix de la loi applicable. Guide pratique.

De plus en plus de Français possèdent des biens à l'étranger, vivent dans un pays étranger ou ont des héritiers résidant hors de France. Ces successions transfrontalières relèvent depuis 2015 d'un cadre européen unifié qui simplifie considérablement les démarches.

Le règlement européen 650/2012 : la règle d'or

Le règlement (UE) n° 650/2012 du 4 juillet 2012, applicable depuis le 17 août 2015, harmonise les règles successorales dans l'UE (sauf Danemark, Irlande). Il pose un principe clair : la loi applicable à toute la succession est celle de la résidence habituelle du défunt au moment du décès, sauf choix exprès.

Conséquences pratiques :

  • Une seule loi régit l'ensemble de la succession (biens meubles et immeubles, dans tous les pays)
  • Fin du système antérieur qui appliquait la loi de la résidence pour les meubles ET la loi de situation pour les immeubles (causes de conflits multiples)
  • Simplification radicale pour les notaires et les héritiers

Choix de la loi applicable (professio juris)

L'article 22 du règlement permet de choisir comme loi applicable celle de sa nationalité. Ce choix doit être :

  • Exprès (par testament authentique ou autographe, mention écrite)
  • Au moment du choix ou au jour du décès
  • Pour la totalité de la succession (pas de choix partiel)

Exemple concret : un Français vivant en Espagne depuis 15 ans peut, par testament, choisir l'application de la loi française à sa succession plutôt que la loi espagnole (par défaut applicable comme loi de sa résidence).

Intérêt majeur : la loi française protège fortement les enfants par la réserve héréditaire (qu'on ne peut pas déshériter), alors que d'autres pays européens (Royaume-Uni, Belgique partiellement) permettent davantage de liberté testamentaire.

Certificat successoral européen (CSE)

L'article 62 du règlement crée un nouveau document : le certificat successoral européen (CSE). Il prouve dans tous les États membres :

  • La qualité d'héritier ou de légataire
  • Les pouvoirs de l'exécuteur testamentaire ou de l'administrateur
  • Les droits dans la succession (quote-part)

Émis par le notaire dans le pays de la résidence habituelle du défunt, le CSE est directement opposable dans tous les États membres sans formalité supplémentaire (pas d'apostille, pas de traduction certifiée requise dans la plupart des cas).

Coût indicatif : 200 à 500 € selon le notaire et la complexité. Délai d'émission : quelques semaines.

Fiscalité : pas d'harmonisation européenne

Attention : le règlement 650/2012 ne traite que de la loi civile applicable à la succession (qui hérite, dans quelle proportion). La fiscalité successorale reste régie par le droit interne de chaque État.

Conséquence possible : la double imposition. Un héritier français vivant à l'étranger peut être taxé à la fois en France (sur les biens situés en France) et dans son pays de résidence. Les conventions fiscales internationales bilatérales atténuent généralement ce risque mais ne le suppriment pas toujours.

Pays avec convention fiscale française complète sur les successions : Allemagne, Italie, Royaume-Uni, Espagne (partielle), États-Unis, Suisse, Canada, et une douzaine d'autres. Hors convention : risque élevé.

Quel notaire saisir ?

Selon le règlement, c'est le notaire du pays de la résidence habituelle du défunt qui est compétent. Mais si tous les héritiers résident dans un autre pays, ils peuvent demander la compétence du tribunal de leur pays (article 6) — utile pour éviter des déplacements coûteux à l'étranger.

En pratique :

  • Pour un Français décédé en France : notaire français
  • Pour un Français décédé à l'étranger : notaire du pays de résidence, qui appliquera la loi locale ou la loi française si choix testamentaire
  • Pour un étranger décédé en France : notaire français applique la loi française (sauf choix de la loi nationale)

Cas complexes : trusts, fondations, indivision

Trusts (common law)

Les trusts anglo-saxons n'existent pas en droit français. Si vous êtes bénéficiaire d'un trust, la fiscalité française est sévère et complexe. Consultez impérativement un avocat fiscaliste avant toute distribution.

Fondations privées (Liechtenstein, Panama)

Soumises depuis 2011 à des obligations de transparence renforcées en France. Risque fiscal majeur en cas de non-déclaration (jusqu'à 80 % d'amendes).

Bien en indivision dans plusieurs pays

Le règlement européen simplifie : une seule loi régit le partage. Mais la gestion pratique (vente, location) reste soumise au droit local de chaque bien immobilier.

Anticiper sa succession internationale

Pour les patrimoines significatifs avec dimension internationale, plusieurs outils :

  • Testament authentique mentionnant le choix de loi applicable (~200-300 € chez le notaire)
  • Donation entre époux internationale avec spécificités selon le pays de résidence
  • Assurance-vie : régime fiscal favorable cumulé (152 500 € par bénéficiaire en France)
  • Société civile internationale pour structurer la transmission d'un patrimoine multi-pays

Le coût d'une consultation chez un notaire ou avocat spécialisé en droit international privé (300 à 800 € pour un audit) est dérisoire face aux centaines de milliers d'euros qui peuvent être préservés.

Tableau récapitulatif

ÉlémentRègle européenne (UE 650/2012)
Loi applicable par défautRésidence habituelle du défunt
Choix possibleLoi nationale par testament
FiscalitéPas d'harmonisation — droit interne de chaque pays
Compétence notarialePays de résidence (ou pays des héritiers sur option)
Outil de preuveCertificat successoral européen

Questions fréquentes

Suis-je concerné si je vis en France mais ai un bien immobilier en Espagne ?
Oui. Le règlement 650/2012 s'applique. Au décès, la loi française régira l'ensemble de la succession (votre résidence habituelle), y compris le bien espagnol. Mais la fiscalité espagnole s'appliquera sur le bien situé en Espagne.
Mon enfant vit à Londres : sera-t-il considéré comme héritier ?
Oui. La filiation n'est pas affectée par la résidence. Il bénéficiera des règles successorales applicables (loi de votre résidence ou loi française si choix). Le Royaume-Uni n'est plus dans l'UE mais le règlement s'applique tant que vous résidez dans un État membre.
Comment déclarer le choix de la loi française ?
Par testament authentique chez un notaire (recommandé) ou par testament olographe (manuscrit). Mention expresse : « Je choisis la loi française comme loi régissant l'ensemble de ma succession, en application de l'article 22 du règlement UE 650/2012 ».
Le certificat successoral européen remplace-t-il l'acte de notoriété ?
Il s'y ajoute pour les besoins internationaux. L'acte de notoriété (français) reste utile en France, le CSE est nécessaire pour faire valoir vos droits dans d'autres États membres sans formalités complexes.