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Demande d'adoption simple — requête au tribunal judiciaire

Modèle de requête en adoption simple : enfant majeur, beau-fils, beau-fille. Conditions, démarches, effets juridiques et fiscaux.

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L'adoption simple : un outil juridique souvent méconnu

Contrairement à l'adoption plénière, médiatisée et associée principalement à l'accueil d'enfants jeunes ou venant de l'étranger, l'adoption simple est une procédure souple et accessible qui permet d'établir un lien de filiation sans rompre les liens avec la famille d'origine. Elle est particulièrement adaptée à plusieurs situations familiales contemporaines : adoption de l'enfant du conjoint (familles recomposées), reconnaissance d'un lien fort avec un beau-parent qui a élevé l'enfant, transmission patrimoniale dans le cadre d'une relation de longue date, etc.

Les conditions légales de l'adoption simple

L'article 343 et suivants du Code civil fixent les conditions :

Conditions liées à l'adoptant

  • Âge minimum : 26 ans (peut être réduit à 28 ans pour un couple si l'un des deux a moins de 26 ans, ou supprimé pour les couples mariés depuis plus d'un an)
  • Différence d'âge avec l'adopté : au moins 15 ans (10 ans si l'adopté est l'enfant du conjoint)
  • Capacité juridique : pleinement capable, non placé sous protection juridique (tutelle, curatelle)
  • Casier judiciaire : pas de condamnations incompatibles avec l'exercice de l'autorité parentale
  • Possibilité d'adoption en couple : couples mariés (avec accord), célibataires, depuis 2013 couples de même sexe

Conditions liées à l'adopté

  • Pas de limite d'âge (contrairement à l'adoption plénière limitée aux mineurs)
  • Consentement personnel obligatoire si l'adopté est majeur (article 360 al. 2)
  • Consentement des parents biologiques si l'adopté est mineur (sauf en cas de désintérêt manifeste)
  • Possibilité d'adopter un majeur : très fréquent en pratique (transmission patrimoniale, reconnaissance d'un lien)

Les effets juridiques de l'adoption simple

Effets familiaux

  • Création d'un lien de filiation entre l'adoptant et l'adopté
  • Maintien des liens avec la famille d'origine (différence majeure avec la plénière)
  • Acquisition de l'autorité parentale pour l'adoptant si l'adopté est mineur (sauf adoption par le conjoint qui partage l'autorité avec l'autre parent)
  • Obligation alimentaire réciproque entre adopté et adoptant

Effets sur le nom

  • Par défaut : nom de l'adoptant ajouté au nom de l'adopté
  • Possibilité de substitution totale (sur demande)
  • Possibilité de conserver uniquement le nom d'origine
  • L'adopté majeur doit consentir à tout changement

Effets successoraux

L'adopté simple cumule les droits successoraux :

  • Famille adoptive : héritier réservataire au même titre qu'un enfant biologique (1/2 pour 1 enfant, etc.)
  • Famille biologique : conserve tous ses droits successoraux d'origine
  • Restrictions fiscales : les droits de succession peuvent être plus élevés (taux entre étrangers) sauf cas particuliers (mineur recueilli pendant 5 ans, etc.)

Adoption de l'enfant du conjoint : cas le plus fréquent

L'adoption simple de l'enfant du conjoint (« beau-fils », « belle-fille ») est la situation la plus courante. Elle permet à un beau-parent qui a élevé l'enfant pendant des années (parfois depuis la petite enfance) de formaliser juridiquement le lien parental, sans rompre le lien avec l'autre parent biologique.

Spécificités :

  • Différence d'âge réduite à 10 ans
  • L'autorité parentale reste exercée par l'autre parent biologique (sauf décision spécifique)
  • L'enfant garde son nom, sauf décision contraire
  • Conséquences successorales importantes : permet à l'enfant d'hériter du beau-parent au même titre qu'un enfant biologique

Adoption d'un majeur : motifs et conditions

L'adoption d'un majeur (souvent appelée « adoption simple d'adulte ») est légale et fréquente. Motifs courants :

  • Reconnaissance officielle d'un lien éducatif fort avec un beau-parent ou un mentor
  • Transmission patrimoniale à une personne sans enfants biologiques
  • Régularisation d'une situation familiale complexe
  • Création de droits successoraux dans une relation atypique

Le consentement écrit et notarié du majeur adopté est obligatoire. Le tribunal vérifie l'absence de motifs frauduleux (fiscalité, immigration).

La procédure judiciaire

  1. Constitution du dossier : actes d'état civil, consentements, justificatifs du lien
  2. Dépôt de la requête au tribunal judiciaire du lieu de résidence du requérant
  3. Instruction par le procureur de la République (vérifications)
  4. Audience devant le tribunal (juge unique en chambre du conseil)
  5. Jugement rendu sous 1 à 6 mois
  6. Transcription sur les registres d'état civil

Coûts et délais

  • Avocat obligatoire devant le tribunal judiciaire (sauf cas particuliers) : 800 à 2 500 €
  • Frais judiciaires : timbre fiscal, frais de transcription : ~100 €
  • Délai total : 3 à 12 mois selon les tribunaux
  • Aide juridictionnelle disponible sous conditions de ressources

Refus et révocation

Refus du tribunal

Le tribunal peut refuser si :

  • Conditions légales non remplies
  • Adoption manifestement contraire à l'intérêt de l'enfant (cas du mineur)
  • Motifs frauduleux suspectés
  • Absence de consentement valable

Recours : appel devant la cour d'appel dans le mois.

Révocation de l'adoption simple

Possible pour motif grave (article 370 du Code civil), à la demande de l'adoptant, de l'adopté ou du ministère public. Effets : disparition des effets juridiques de l'adoption pour l'avenir, sans rétroactivité.

Comparaison synthétique adoption simple / plénière

AspectAdoption simpleAdoption plénière
Liens avec famille d'origineMaintenusRompus
Âge de l'adoptéSans limiteMineur de moins de 15 ans (sauf exceptions)
CaractèreRévocableIrrévocable
FiliationDouble (origine + adoptive)Unique (adoptive)
ProcédureTribunal judiciaireTribunal judiciaire, instruction plus longue

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Questions fréquentes

Les réponses aux questions que vous vous posez à propos de cette lettre.

Quelle différence entre adoption simple et plénière ?
Adoption simple : maintien des liens avec la famille d'origine, l'adopté a deux familles juridiques. Adoption plénière : rupture totale des liens avec la famille d'origine (sauf interdictions à mariage), l'adopté a une seule filiation (l'adoptive). La plénière est réservée principalement aux enfants mineurs et a un caractère irrévocable.
L'adopté simple peut-il garder son nom ?
Par défaut, le nom de l'adoptant s'ajoute au nom de l'adopté. Possibilité de demander la substitution totale, ou inversement de garder uniquement le nom d'origine, à préciser dans la requête. L'adopté majeur doit donner son consentement à tout changement.
Quels sont les effets successoraux ?
L'adopté simple hérite à la fois de sa famille d'origine et de sa famille adoptive (sauf restrictions). Côté adoptif : héritier réservataire au même titre qu'un enfant biologique. Côté origine : conserve tous ses droits successoraux. Fiscalement : les droits de succession entre adopté simple et adoptant sont les mêmes qu'entre enfant biologique et parent biologique uniquement si l'adopté est un mineur recueilli ou si certaines conditions sont remplies.
L'adoption simple est-elle révocable ?
Oui, pour motif grave (article 370 du Code civil), à la demande de l'adoptant ou de l'adopté. La révocation entraîne la disparition des effets juridiques de l'adoption pour l'avenir. Procédure devant le tribunal judiciaire.