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Aide juridictionnelle : conditions de ressources et démarches

L'État prend en charge tout ou partie de vos frais de justice (avocat, huissier, expert) selon vos ressources. Plafonds, calcul, pièces à fournir et délais de traitement.

L'aide juridictionnelle est une aide financière de l'État permettant aux personnes ayant des ressources modestes d'accéder à la justice. Régie par la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020, elle prend en charge tout ou partie des frais de procédure (honoraires d'avocat, d'huissier, d'expert, frais de procès).

Qui peut en bénéficier ?

Toute personne physique de nationalité française, ressortissant de l'UE ou étranger en situation régulière. Trois conditions :

  • Ressources inférieures aux plafonds (voir ci-dessous), ajustés selon la composition du foyer ;
  • Action en justice non manifestement irrecevable ou dénuée de fondement ;
  • Ne pas être pris en charge par une assurance protection juridique couvrant l'affaire.

Les plafonds de ressources

Depuis le 1ᵉʳ janvier 2024, le revenu fiscal de référence (RFR) constitue la base de calcul. À titre indicatif (chiffres révisés annuellement) :

  • Aide totale (100 %) : RFR mensuel inférieur à environ 1 070 € pour une personne seule ;
  • Aide partielle (55 %) : RFR mensuel jusqu'à environ 1 270 € ;
  • Aide partielle (25 %) : RFR mensuel jusqu'à environ 1 605 €.

Ces plafonds sont majorés :

  • + environ 230 € par mois pour chacune des 2 premières personnes à charge ;
  • + environ 145 € pour chaque personne supplémentaire.

Le patrimoine est également pris en compte : la valeur du patrimoine mobilier (épargne) et immobilier (hors résidence principale et locaux professionnels) ne doit pas dépasser certains plafonds (de l'ordre de 12 800 € pour le mobilier, 38 470 € pour l'immobilier en 2024).

Procédure de demande

  1. Téléchargez le cerfa n° 16146*03 sur le site du ministère de la Justice ou retirez-le au bureau d'aide juridictionnelle (BAJ) du tribunal judiciaire ;
  2. Joignez : pièce d'identité, justificatif de domicile, avis d'imposition ou de non-imposition, bulletins de salaire, justificatifs d'allocations, livret de famille, copie de la convocation ou de l'assignation en justice ;
  3. Déposez ou envoyez le dossier au BAJ du tribunal saisi (ou compétent) ;
  4. Délai de réponse : 2 à 4 mois en moyenne (urgence possible en cas de procédure rapprochée).

Effets et contenu de l'aide

Selon le taux accordé, l'État prend en charge :

  • Les honoraires de l'avocat commis ou choisi (barème fixé par l'État, environ 32 € HT l'unité de valeur en début 2024) ;
  • Les frais d'huissier pour la signification des actes ;
  • Les frais d'expert ;
  • Les droits d'enregistrement et frais de copie.

L'avocat peut être désigné d'office ou choisi par le bénéficiaire (s'il accepte l'aide juridictionnelle, ce que tous ne font pas).

Recours en cas de refus

En cas de rejet, vous disposez de 15 jours à compter de la notification pour former un recours devant le président de la cour d'appel ou la juridiction supérieure (selon la décision). Le recours est gratuit et se forme par courrier simple.

Restitution en cas de gain de cause

Si vous gagnez le procès et obtenez un gain ou une indemnité supérieurs à un seuil (article 50 de la loi de 1991), l'État peut demander le remboursement de l'aide juridictionnelle à hauteur des sommes perçues. Inversement, vous pouvez réclamer à la partie adverse condamnée le remboursement de vos frais (article 700 du CPC), qui sont versés à l'État.

Questions fréquentes

Puis-je choisir mon avocat ou est-il imposé ?
Vous pouvez choisir votre avocat, à condition qu'il accepte d'intervenir dans le cadre de l'aide juridictionnelle (tous n'acceptent pas en raison du barème souvent inférieur aux honoraires libres). À défaut, le bâtonnier en désigne un d'office. Vous pouvez aussi changer d'avocat en cours de procédure, mais une seule fois sauf accord du bâtonnier.
L'aide juridictionnelle couvre-t-elle tous les types de procédures ?
Elle couvre la plupart : civil, pénal, administratif, transactions amiables, médiation. Elle ne couvre pas les procédures jugées « dilatoires » (visant à gagner du temps) ou « manifestement irrecevables ». Elle est exclue si vous bénéficiez d'une assurance protection juridique couvrant l'affaire (vérifiez votre contrat MRH ou auto).
Faut-il avancer les frais ?
Non, vous n'avancez aucun frais. L'avocat, l'huissier ou l'expert sont rémunérés directement par l'État après réalisation de leur mission. Toutefois, vous pouvez devoir avancer ponctuellement de petites dépenses (timbres, photocopies) qui ne sont pas couvertes.
Que se passe-t-il si mes ressources changent en cours de procédure ?
Vous devez signaler tout changement de situation au bureau d'aide juridictionnelle. Si vos ressources augmentent au-delà des plafonds, l'aide peut être retirée et vous devrez rembourser les sommes versées. Inversement, en cas de baisse, vous pouvez demander une révision à la hausse.
Combien de temps faut-il pour obtenir une réponse ?
Entre 2 et 4 mois en moyenne, parfois plus en cas d'engorgement du BAJ. Si la procédure judiciaire est imminente (audience fixée dans moins de 15 jours), demandez l'examen en urgence. En cas d'urgence absolue (référé, garde à vue, médiation pénale), une admission provisoire peut être prononcée en quelques heures.